lundi 16 septembre 2013

Ombres et lumières au Laténium. Le jour d'après.

Déclinant le thème 2013 "feu et lumière" des Journées Européennes du Patrimoine, le Laténium organisait une soirée gratuite qui permettait aux visiteurs de découvrir le parc et l'exposition de nuit. Dès 20h30, des visites guidées du musée à la lueur des lampes à pétrole devrait faire frissonner le public qui pourra se promener dans le parc, éclairé de feux et de photophores illustrant des mythes ancestraux.

 Durant toute la soirée, la longue histoire du feu s'est déclinée à travers les âges et nous avons pu assister à la création de répliques d'objets celtiques à la forge , au rituel de la sibylle qui a brîlé nos pensées dans son antre pour les exaucer , aux techniques du feu sans allumettes puis à un concert du groupe de musique Silexus qui distilla une ambiance propice à la méditation paléolithique, Et surtout, pour la première fois en Suisse, nous avons réalisé en direct une cuisson de céramiques gauloises dans une réplique de four antique spécialement construite pour l'occasion!

Une telle aventure, cela commence toujours par la préparation du lot de céramiques qui seront cuites lors ce cet évènement. Temps de séchage oblige, il vaut mieux s'y prendre trois semaines à l'avance, et ceci d'autant plus  que, pour la plupart tournées dans mon atelier de Cuarny, il a fallu ensuite les transporter sur place. 

 Les voici, dans le dépôt des Services archéologique neuchâtelois, attendant leur grand jour. 

La structure du four, partiellement préfabriquée, ne nécessite que peu de temps de montage. Elle est bien adaptée aux installations temporaires et peut être intégralement récupérée pour être réutilisée lors d'autres manifestations.

Montage du socle et des substructures préfabriquées.

A l'origine, cette structure a été conçue sur un modèle gallo-romain d'Autun découvert lors ds fouilles de 2009 au Faubourg d'Arroux. Ce four de l'atelier supposé du célèbre potier gallo-romain Pistillus est en fait une installation tout à fait "standard" telles que celles utilisées par les potiers non seulement gallo-romains. Simple et performant, ce type de four ne varie pratiquement pas au cours des siècles. On trouve en effet des installations tout à fait similaires en période gauloise, par exemple sur l'oppidum de Gondole dans le Puy-de-Dôme, et ce modèle est encore courant aux temps mérovingiens. 6 à 7 siècles au moins d'utilisation de ce genre d'installation pour cuire des types de céramiques parfois très dissemblables montrent ainsi bien la souplesse d'utilisation de ces fours. Même la sole segmentée, détail qui pourrait étonner les spécialistes en céramologie, trouve d'assez nombreuses occurences entre le IIème et le IVème siècle de notre ère.

Le montage est terminé. Les briques qui constituent le puits ont été assemblées au torchis. Un parement interne et externe a été posé afin d'assurer une bonne étanchéité et éviter les infiltrations d'air lors de la réduction.

 Le samedi 7 septembre, c'est le grand jour. le montage a été terminé le vendredi, une première chauffe a permis de sécher l'installation est tout est prêt pour la cuisson. 

 Pour l'occasion, Suzy et Jens Balkert nous ont rejoint et participent au chargement. Avec les Balkert, c'est en quelque sorte l'aristocratie de la céramique qui nous accompagne. Carrières prestigieuses et productions de grande qualité font de ce couple une paire de grosses pointures de la Céramique suisse. Une visite s'impose chez Suzy qui décline avec une très grande classe les aspects modernes de la sigillée, aussi bien que chez Jens, Maintenant plasticien et sculpteur de renom. Balkert et Balkert, c'est ici: http://www.balkert.com/

 Un tel chargement étonne toujours les céramistes modernes. Les empilement en "touche-touche", c'est à dire sans cales de séparation peuvet parfois donner des résultats assez aléatoires. Les points de contact entre les pièces peuvent laisser des marques assez disgracieuses, souvent rédhibitoires pour les artistes contemporains. C'est pourtant ainsi que se cuisait la grande majorité des céramiques autrefois. Mais il s'agissait de productions essentiellement utilitaires...

Sous le regard de Christine, compagne de toutes ces aventures, et Jens, parfois "père sèvère" de la céramique, mais toujours persévérant dans son évolution et qui n'en finira jamais de nous ravir.

La cuisson débute donc vers 15 heures, afin de pouvoir poursuivre toute la soirée. Mais le ciel qui se voile laisse présager une soirée agitée...

Préchauffage. La phase tranquille de la cuisson. Le temps des palabres...
La cuisson se poursuit, la nuit est tombée. Des ombres apparaissent et disparaissent, c'est la magie des ces cuissons nocturnes. Ombres et lumières, on vous l'avait dit...

Le four, vu de nos tentes éclairées à la lampe à huile...

L'orage était attendu vers 21 heures. Fort heureusement il était quelque peu en retard, ce qui nous a tout juste laissé le temps de mettre l'essentiel de notre matériel à l'abri et de commencer la réduction...
Dernière vérification avant de commencer l'obturation du four. le vent s'est levé et il faudra faire vite...
 Le temps d'obturer la partie supérieure à la cendre, et c'est le déluge! Un de ces beaux orages qui secouent régulièrement le lac de Neuchâtel. Avec un solide coup de tabac comme il se doit! Toiture du four arrachée, pluie diluvienne, coups de tonnerre impressionnants, rien ne nous sera épargné!
Non, ce n'est pas une photo ratée. C'est le colmatage du four au torchis sous une pluie diluvienne, dans un nuage d'embruns et de fumée...
 L'humidité est tout à fait bénéfique à ce type de cuissons, mais on n'en demandait pas tant! Qu'il n'y ait pas eu d'infiltrations d'eau dans la charge de céramiques m'étonnera toujours! 
Le four, ou au moins sa charge ayant pu être conservée au sec, on ne peut pas en dire autant des rares volontaires qui ont participé à cette clôture de cuisson. On ne vos décrira pas la stupeur des visiteurs qui, réfugiés dans le musée nous ont vu y rentrer, complétement détrempés, crépis de torchis et plus ou moins noircis de suie.. Une troupe de Néandertaliens mouillés et plus ou moins hagards débarquant au pas de charge n'aurait assurément pas fait plus d'effet! 

 Le lendemain, les bêtes sont séchées, les toitures remontées et on peut se prépareer au sec à l'ouverture du four. Comme toujours dans ces cuissons réductices, on commence par régager le foyer de ses charbons, et comme toujours dans un nuage de fumée et de poussière...

Au vu de la quantité qui s'y consumait encore, on peut tout de suite présager que la fournée sera réussie.

La couche de torchis et de cendres est enlevée, et les premières pièces apparaissent, bien noicies comme prévu. 

Grises sous l'effet du saupoudrage de cendres, ces pièces sont en fait parfaitement noircies par l'enfumage.

C'est la fin d'une belle aventure et les sourires sont de mise: Circé, étudiante à l'Univcersité de Neuchâtel et Guillaume Reich, doctorant travaillant à une thèse sur l'armement du second âge du fer retrouvé sur le site de La Tène.

 Les céramiques réalisées pour cette fournée sont pour l'essentiel des répliques de productions locales. L'accent a été mis sur les pièces issues de fouilles de sites de la région des Trois Lacs. Le site de la Tène y est bien sûr représenté, mais aussi le "Pont des Sauges" à Cornaux, le site des Bourguignonnes à Marin. Quelques pièces d'Yverdon et Berne complètent le lot. Un joli florilège de céramiques helvètes!

 

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